Reporters Sans Frontières fait partie de ces ONG de renommée mondiale. Pourtant, en grattant le vernis, on y découvre un outil de soft power utiles aux guerres géopolitiques et économiques. Exemple avec le cas Bolloré.

Dans notre dossier « Les réseaux Soros contre le Groupe Bolloré« , nous avons souligné l’action des diverses ONG et satellites de l’organisation du « philanthrope » pour tenter d’affaiblir Vincent Bolloré et son Groupe en Afrique. Bien entendu, guerre de l’information oblige, Bolloré n’est pas attaqué que sur ce terrain. Ainsi, la sorosienne Reporters Sans Frontières s’est également attaquée au Français. Cela va de soi, Reporters Sans Frontières ne s’en prend jamais à George Soros ni à ses réseaux. Nous publions ici un court complément qui concerne cette ONG et son action anti-Bolloré. Il serait à l’avenir intéressant d’étudier le rôle de Reporters Sans Frontières en tant qu’outil de guerre économique, en distinguant bien ses cibles comme ce qu’elle passe sous silence, à l’instar de Greenpeace et de bien d’autres émanations de la « société civile ».

Le 24 septembre 2015, Reporters Sans Frontières (RSF) et le collectif « Informer n’est pas un délit » publiaient une tribune dans le journal Le Monde (dont la section Afrique est sponsorisée entre autres par OSIWA – Open Society Initiative for West Africa – la Banque Mondiale et la Bill & Melinda Gates Foundation) pour dénoncer « l’ingérence de l’actionnaire [principal, Vincent Bolloré] dans la ligne éditoriale des chaînes du Groupe Canal + ».[1] RSF considère Vincent Bolloré comme étant l’une des causes du recul (de sept places, en 45ème position) de la liberté de la presse en France dans son « Classement mondial de la liberté de la presse 2016 »[2] : « L’appropriation des médias par une poignée d’hommes issus de la finance et de l’industrie constitue d’ailleurs la principale raison du recul relatif de la France. Le phénomène, déjà prégnant ces dernières années, s’est accentué. L’entrée de Vincent Bolloré au capital de Canal + a été marquée par des intrusions de l’actionnaire dans l’éditorial. »[3]

On ne sait malheureusement pas qui interroge précisément l’ONG pour réaliser son rapport ; tout au plus apprend-on qu’il « s’adresse à des professionnels des médias, des juristes, des sociologues », qui « le remplissent ».[4] Sont-ils aussi « indépendants » que les organismes sollicités pour l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International ? Le classement de RSF a été réalisé avec le soutien de l’Adessium Foundation. Qui finance RSF ? Le site de l’ONG est opaque. Seul l’accès à ses archives permet de savoir qui, en 2003[5], 2004[6] et 2005[7], étaient ses bailleurs de fonds. On y trouve à chaque fois l’Open Society (et toujours en 2007, apparemment[8]) et la NED en 2005. Maxime Vivas confirmait ces liens, à la fois dans son livre La face cachée de Reporters Sans Frontières. De la CIA aux Faucons du Pentagone (daté de 2007) et dans un article de 2009 – en note duquel il rappelait les pressions du responsable parisien du bureau Asie de l’ONG « auprès de la Sorbonne pour faire supprimer [son] nom et toute référence à [son] livre qui figuraient dans une étude universitaire » – pour Le Grand Soir.[9]

En 2008, un fait est révélateur : quatre ONG publient une déclaration commune au sujet de l’Ouzbékistan : Reporters Sans Frontières, Human Rights Watch (réseaux Soros), International Crisis Group (dont Soros est membre du Conseil d’administration) et l’Open Society…[10] En 2014 enfin, une mission de partenariat sur l’Ukraine condamnait les violences faites aux journalistes ; cette mission comprenait plusieurs ONG : l’International Media Support (partenaire régulier de l’Open Society[11]), WAN / IFRA (dont les activités en faveur de la « liberté des médias » sont financées entre autres par l’Open Society[12]), Article 19 (que financent l’Open Society et la Ford Foundation[13]) Reporters Sans Frontières et l’Open Society.[14] Aujourd’hui, l’Open Society n’apparaît plus sur la page partenaires, où l’on trouve cependant le Sigrid Rausing Trust, la NED et la Ford Foundation.[15] Enfin, Ghassan Salamé, père de la chroniqueuse Léa Salamé et collègue de George Soros au Conseil d’administration de l’International Crisis Group, siège au Conseil émérite de Reporters Sans Frontières…[16]

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Le collectif « Informer n’est pas un délit » défend plusieurs thèmes : le renforcement de la loi sur la protection des sources ; une meilleure transparence de la vie publique ; l’instauration d’un Freedom of Information Act à la française. Le livre manifeste « Informer n’est pas un délit »[17], d’où le collectif de Virginie Marquet tire son nom, est dirigé par deux journalistes. L’un est Fabrice Arfi, de Mediapart, qui attaqua régulièrement Amesys lors du scandale des liens entre cette entreprise et le régime de Kadhafi ; les réseaux Soros s’étaient d’ailleurs montrés très actifs dans cette affaire (traité dans un prochain article sur Soros Connection). Arfi est l’un des trois journalistes français (avec Karl Laske, également membre de Mediapart) membres de l’International Consortium of Investigative Journalists, émanation du Center for Public Integrity (CPI). Parmi les grands noms (tous Américains) qui financent ce dernier, nous trouvons des noms familiers : Open Society de Soros, Ford Foundation, Rockefeller (Brothers Fund et Family Fund), Omidyar Network, etc.[18] Rappelons ici que le CPI est la structure parente de l’ICIJ, que finance l’Open Society et à l’origine des opportuns Panama Papers.

Thibault Kerlirzin